Renseignement sur le web social

Renseignement sur le web social

Les deux domaines, OSINT et cyber guerre, sont des problématiques et des centres d’intérêt pour les entreprises.

Celles-ci recueillent, luttent et surtout développent avec une grande réactivité due à une plus grande expertise et surtout de meilleurs financements, des outils pour améliorer leurs capacités dans ces champs d’action. Le résultat est que les adversaires des forces étatiques ont désormais accès non seulement à ces mêmes capacités, mais en plus à des moyens de communication des plus immédiats et visibles (Twitter, au moyen de compte à usage unique) aux plus discrets (boîte mail partagée évitant la transmission de message). Ces technologies leur donnent notamment les moyens d’alerter leur commandement ou de transmettre à leur communauté des éléments d’intérêt, de partager une image tactique en temps réel (diffusion de position de troupes), de diffuser des ordres, de synchroniser des opérations. Les adversaires irréguliers auxquels sont confrontés les services de renseignement ont désormais à leur disposition de l’imagerie satellite haute définition, un accès à des banques de données confidentielles, et des moyens de renseignement d’origine humaine à la fois sur les théâtres d’opérations et sur le territoire national d’origine des troupes qu’ils affrontent.

Le web initial a évolué vers le web social, les pratiques des services de renseignement s’y sont adaptées. Comme décrit dans la première partie de ce mémoire, parmi les particularités de ce web se trouvent : une interaction avec l’information via les commentaires, une explosion du volume de contenu et les réseaux relationnels comme nouveaux vecteurs de diffusion. Les évolutions technologiques apportées par ce web permettent de répondre à quelques problèmes des services de renseignement sur le web initial. Les moteurs de recherche deviennent de plus en plus exhaustifs, la navigation facettée au sein de leur index plus pertinente pour l’utilisateur et le maintien de l’anonymat demande une haute compétence technique. De plus, les nouveaux vecteurs de diffusion facilitent la création de contenu, tout utilisateur devient un auteur potentiel. Cette nouvelle donne offre de nouvelles capacités de recueil aux services parmi les plus intéressantes en termes de renseignement.

– immédiateté de la diffusion : le twitto (utilisateur de Twittter) Sohaib Athar commente en direct une des opérations les plus secrètes de la décennie, l’assaut sur la demeure de Ben Laden à Abbottabad (Pakistan) par les forces américaines, c’est-à-dire une intervention étrangère dans un état souverain non coopératif (Sohaib Athar, 2011). Autre exemple d’apparence plus anodine, les spotters passionnés d’aéronautique ou de construction navale qui diffusent toutes photos des différentes étapes d’essais de prototype en cours de développement.

– commentaire de l’information : toute déclaration publique officielle de quelque autorité que ce soit est soumise à une critique en temps réel, des sites de fact-checking (pratique journalistique de vérification des déclarations publiques) et d’explication de situation apparaissent sur tous les sujets d’actualité militaire, par exemple le site web Syria Deeply se veut neutre et exhaustif sur la crise syrienne.

– profilage d’individus, étude des réseaux relationnels soit à des fins de ciblage pour qu’ils soient traités en tant qu’interlocuteurs ou pour élimination. Toute l’activité d’un individu ou d’un réseau sur le web, sites visités, tags employés, commentaires émis permet d’en dresser un portrait les plus fidèle. Très utile en début de crise, les réseaux sociaux permettent par exemple le suivi d’activistes de l’opposition. Ils ont permis aux services de renseignement de suivre le développement du Printemps Arabe, plus particulièrement d’en mesurer l’ampleur et l’irrévocabilité.

– interaction avec les acteurs sur place, par exemple en Libye à défaut d’autres réseaux disponibles les alliés libyens de l’OTAN annonçaient la position de leurs chars pour éviter les tirs fratricides (CICDE, 2013), voire utilisaient Twitter pour transmettre des positions de cible et des évaluations de dégâts après les bombardements (Bradshaw, Blitz, 2011).

– participation collective au renseignement, par exemple, des projets initiés pour des raisons caritatives comme satsentinel.org utilisent des collectes de fonds pour financer de l’imagerie spatiale permettant d’apporter des preuves d’actes de guerre contre des populations civiles. L’imagerie mise à disposition par ces projets est de haute qualité et son analyse d’une grande précision, faite par des centres universitaires et avec l’appui de militaires à la retraite (Satellite Sentinel Project, 2013).

Ces adversaires s’avèrent tout aussi compétents dans l’exploitation de ces éléments mis à disposition. Du film de combat posté sur Youtube par un soldat révélant les tactiques et le matériel employés aux photos sur Facebook incluant la géolocalisation, les médias sociaux sont une mine pour les adversaires de ces troupes amenées à être composées essentiellement de «digital natives», individus nés à partir de 1990 et baignant dans la culture internet et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Ainsi, en 2010, le Hezbollah avait réussi à être « l’amie » d’environ 200 soldats des forces spéciales israéliennes au moyen d’un faux profil sur Facebook (Stricker, 2010). En 2011, des activistes ont réussi à faire le lien

entre les annonces de sécurité d’un service de trafic aérien maltais (pour écarter le trafic civil des zones dangereuses) et les frappes de l’OTAN sur le territoire libyen. En 2012, une mère publie des informations portant sur une manoeuvre de guerre électronique en Afghanistan sur une liste de diffusion Yahoo (Hecker et al, 2012). Le droit d’accès à l’information offre les ordres de bataille complets des unités et les programmes d’avenir, la liberté d’expression et les indiscrétions à la presse qui en résultent sont diffusées immédiatement sans contrôle d’accès possible, l’accès à l’internet en tant que droit fondamental s’applique évidemment aux soldats en opération, etc.

Les progrès technologiques du web social entraînent une perte du contrôle de l’information disponible qui ne peut être compensée que par la sensibilisation (Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense, 2012). Cependant, s’il y a une leçon à retenir des actions de renseignement sur le web social c’est que le web offre tous les jours de nouvelles capacités, indistinctement aux services les plus respectables, aux combattants pour la liberté et aux terroristes. Chaque nouvelle possibilité a son pendant négatif, sa faille de sécurité. Le taux de pénétration d’internet au sein des zones de crises potentielles est en rapide augmentation (Délégation aux Affaires Stratégiques, 2013). L’accès à internet est considéré par les nations occidentales comme un droit fondamental. Pour contrer le strict contrôle mis en place par des régimes autoritaires (Freedom on the Net, 2013) de nombreuses inventions permettent de déployer un réseau internet par satellite, avion et aérostat (Loon for all, 2013) et ce malgré la volonté d’un État hostile à sa diffusion. Plus le web sera disponible, plus le potentiel de renseignement sera développé. Les capacités offertes par les webs s’additionnent plus qu’elles ne se remplacent, il en va de même pour les contraintes. En plus d’un accroissement du volume d’information et du nombre de sources, des menaces spécifiques sont apparues avec le web social. En effet si quelques perles sont trouvées sur les éléments adverses alors que leur accès à l’internet est limité, il est aisé d’imaginer le volume de renseignements diffusé par des nations dont le taux de pénétration de l’internet est de 77-78 % aux USA, en France ou même 84% pour le Royaume-Uni (Internet 50 Countries with Highest Penetration Rates, 2013), pays qui ont 211 millions d’utilisateurs de Facebook soit près d’1/5ème du nombre d’utilisateurs total (Facebook Country Statistics, 2013).

A propos de Fanch FRANCIS

Doctorant en Sciences de l'information et de la communication appliquées, Mr FRANCIS Fanch est le fondateur de OAK Branch.

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