Les opérations sur les webs

Les opérations sur les webs

Les opérations militaires sur les webs

Le renseignement est composé de plusieurs branches dont les principales sont le renseignement d’origine humaine (conversations et observations), le renseignement d’origine image (satellites et appareils photo), le renseignement d’origine électromagnétique (écoutes et interceptions). Toutes ces capacités sont utilisées pour agir efficacement sur le champ de bataille, or désormais celui-ci inclut les webs. Il a été démontré que les webs fournissaient les mêmes opportunités et les mêmes armes à l’ensemble des belligérants, ils apportent également leurs propres combattants. En plus d’un affrontement classique entre deux ennemis conventionnels ou asymétriques, les webs ont fait émerger un type de soldat qui leur est propre, un adversaire au potentiel de nuisance aléatoire sans ennemi prévisible. Parmi les atteintes portées aux services de renseignement deux événements récents ont eu une portée significative : l’affaire Manning et l’affaire Snowden. Les documents révélés par ces lanceurs d’alertes internes ont fragilisé l’activité des services de renseignement sur le web en révélant leurs pratiques et leurs cibles. De nombreuses autres affaires de ce type ont lieu régulièrement dans le monde entier et sont tout autant dommageables sans qu’elles atteignent une aussi grande portée médiatique, par exemple l’affaire Hammond (USA) ou encore Kamm (Israël). De multiples autres actions ont lieu quotidiennement qu’elles soient le fait de groupes plus ou moins indépendants, prenant la forme de la désobéissance civile numérique (Anonymous), ayant une cause libertaire ou humoristique (Lulz), et parfois même patriotique (Syrian electronic Army). Hormis la dernière catégorie dans une certaine mesure, dans le cadre d’un affrontement, ces cyber soldats sont susceptibles d’apporter leur soutien à n’importe quel camp, à tous ou à aucun.

Les champs de bataille modernes imposent une multitude d’opérations concomitantes, dépassant les opérations de combat sur le terrain. Influence, communication, action civilo-militaire, sont autant de domaines devenus indispensables à maîtriser pour les services de renseignement officiels ou irréguliers (dans le cas d’un conflit asymétrique) pour le succès d’une opération. Rassemblées sous le concept général d’opérations d’information, les opérations militaires d’influence, la communication opérationnelle, et les opérations psychologiques se dérouleront de plus en plus sur les webs.

La doctrine française s’attache à décrire de façon neutre les opérations militaires d’influence, opérations visant à agir sur l’environnement psychologique de groupes alliés, adverses ou neutres afin de contribuer à atteindre l’effet final recherché. Cependant, dès les premières pages, ces opérations d’influence se mettent directement dans une position d’affrontement contre un adversaire irrégulier qui : « [profite] des technologies de l’information et de la communication pour mener son combat avec ses propres règles » (Les opérations militaires d’influence, 2008). Le champ de l’information est déclaré comme un « espace de combat » (op-cit). Les missions de ce combat sont par exemple : nuire à la légitimité et la crédibilité de l’adversaire, instaurer la dissension au sein des groupes de l’opposition, identifier les opérations de désinformation et de propagande ennemies, etc. Le retour d’expérience des dernières opérations de coalitions occidentales (Irak, Afghanistan, Libye, Mali) ou d’opérations nationales (Israël, Syrie) démontre que les webs sont au coeur de l’affrontement. En plus de l’accès à des moyens de création de contenus et de diffusion, une autre particularité des webs est leur capacité à déplacer l’affrontement en dehors de la zone de combat locale vers l’arrière de l’adversaire, là où il se sent le plus en sécurité, le plus légitime. Ce déplacement du combat se fait non seulement vers les populations d’origine des belligérants, mais aussi à l’échelle globale. Si pour les forces occidentales (parfois elles-mêmes divisées sur le niveau d’intervention légitime) le but est de « gagner les coeurs et les esprits » en faisant la promotion des bienfaits de la force d’intervention, celui de leur adversaire peut être de la décrédibiliser pour en forcer le retrait par pression politique interne, par exemple au moyen de diffusion massive d’images de dommages collatéraux, victimes civiles réelles ou fictives. L’adversaire peut encore de générer des attaques sur le territoire d’origine de cette force par la radicalisation d’individus sympathisants, ainsi Mohammed Merah a justifié ses crimes comme étant des représailles à l’intervention française en Afghanistan, cet exemple illustre la confusion des zones d’affrontement entraîné par les webs, un combat sur un territoire extérieur devient un problème de sécurité intérieure.

Les forces en présence sont contraintes d’effectuer un effort supplémentaire sur la communication nationale et globale, il ne suffit plus de bien faire son métier, il devient indispensable de bien le faire savoir. La doctrine française portant sur les opérations civilo-

militaires envisage d’utiliser les réseaux sociaux pour développer leurs contacts au sein de la population locale (Coopération civilo-militaire, 2012). La doctrine portant sur la contre-insurrection annonce comme évolution l’apparition d’une « insurrection connectée » qui en plus d’obtenir par le web des moyens C4ISR dispose d’un « accès aux médias internationaux, aux réseaux sociaux [donnant] une résonance parfois mondiale à leur propagande » et surtout une opportunité d’agir sur la faiblesse des forces occidentales : leur opinion publique (Contre-insurrection, 2013).

Les webs deviennent au besoin vecteurs de propagande, théâtres d’opérations psychologiques, centre de formation (n’importe qui peut être formé à la fabrication d’explosifs artisanaux sur le web), dispositifs de ciblage et de recueil d’informations sur des individus ou des structures (plans, photos etc.), moyens de collecte de fonds et transactions financières. Il n’y a pas un domaine de la guerre qui n’a son pendant sur les webs, des effets psychologiques aux destructions d’infrastructures.

Ces capacités sont tellement efficaces et si facilement disponibles qu’elles font envisager la fermeture de réseaux sociaux tels que Facebook ou de services webs tels que BlackBerry Messenger par ces États occidentaux qui se félicitaient l’utilisation du web social par les révolutionnaires du printemps arabe (Lewis et al, 2012). Ces mêmes États, par ailleurs, disposent d’un arsenal législatif et technologique pour espionner leur propre population sur les webs, espionnage révélé par des hackers ou lanceurs d’alertes au moyen de réseaux sociaux.

A propos de Fanch FRANCIS

Doctorant en Sciences de l'information et de la communication appliquées, Mr FRANCIS Fanch est le fondateur de OAK Branch.

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