Criminalité financière, état des lieux et moyens de lutte

La criminalité financière ne connaît pas la crise et se réinvente continuellement au fil des innovations technologiques, prospérant sur l’impréparation des particuliers, des entreprises et des administrations publiques. La...

La criminalité financière ne connaît pas la crise et se réinvente continuellement au fil des innovations technologiques, prospérant sur l’impréparation des particuliers, des entreprises et des administrations publiques.

La révolution numérique accorde aux fraudeurs le don d’ubiquité et l’anonymat semble étirer un champ d’action à l’infini. La fraude et l’évasion fiscale à grande échelle révélées récemment par l’affaire des Pandora Papers, avec ses milliards de dollars détournés, en est une illustration.

Conférence DeveryTalks organisée à l’occasion de Milipol 2021

En présence de Régis Oberti, Thierry pézennec et Xavier Houillon_ Présenté par Delphine Buffard

La criminalité financière organisée

Une mondialisation à l’épreuve

Les groupes criminels financiers existent en France mais sont plus particulièrement implantés à l’étranger : Afrique, Moyen-Orient et Asie (notamment Chine, Hong-Kong, Singapour).

Certaines communautés indiennes, chinoises, pakistanaises, turques implantées en France ont d’ailleurs leur propre réseau de blanchiment pour faire circuler vers l’étranger les fonds, produits d’une infraction du type trafic de stupéfiants, etc. Elles mettent alors leurs réseaux en compétition pour transférer ces fonds rapidement, de manière sécurisée et à moindre coût.

Sophistication et internationalisation

On constate à l’heure actuelle une sophistication dans les placements et circuits de blanchiment car les espèces issues d’activités illicites sont devenues une marchandise à part entière qu’il s’agit de vendre en passant par des réseaux de sociétés, situées notamment dans les pays de l’Est et les Balkans.

Ce marché représente en France plusieurs millions échangés quotidiennement.

Régis Oberti, Commandant divisionnaire BRIF, DRPJ Paris à la Préfecture de Police de Paris

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« On constate qu’une collusion s’est mise en place entre des milieux spécialisés dans le blanchiment et des milieux qui réalisent des infractions de droit commun (réseaux de prostitution internationale, trafic de stupéfiants, etc.).

Ces milieux ont besoin de réseaux internationaux pour évacuer les fonds et les investir dans des pays étrangers. Ainsi des communautés qu’on pouvait penser antagonistes s’avèrent finalement alliées. »

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« Il y a un phénomène d’internationalisation : les fonds issus d’infractions commises en France sont immédiatement transférés à l’international pour qu’ils ne soient pas traçables.

Un système de « filtres », de « fusibles » se met alors en place pour empêcher l’identification des fonds, qui très souvent se retrouvent dans des pays non coopératifs au niveau judicaire où les forces de l’ordre perdent leur trace.

Ils sont ensuite susceptibles d’être réinvestis en France dans l’économie « grise » (travail illégal, BTP, restauration, etc.). »

Thierry Pezennec, Commandant de police, chef du SIRASCO financier au Ministère de l’Intérieur


Les différentes cibles des fraudes

Les fraudes massives auprès des particuliers

Elles existent depuis une bonne décennie et ont évolué avec le vecteur internet et la cyber. Parmi les principales fraudes, on peut identifier les escroqueries aux placements et à l’investissement qui interviennent sur le marché des devises (FOREX), des crypto-monnaies, le diamant ou encore les cheptels bovins.

Le but étant à chaque fois d’obtenir, via des faux supports, des fonds auprès des victimes pour les transférer sur des comptes rebonds et retrouver ces fonds sur des zones en dehors de l’Europe.

Les sommes sont décaissées en espèces ou converties par un système de compensation type « hawala » via des banquiers occultes.

La fraude financière aux entreprises

Les entreprises sont aujourd’hui très exposées à la fraude financière. Un constat confirmé par le Baromètre « Fraude et Cybercriminalité » 2021 d’Euler Hermes et l’Association nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion (DFCG) : 2 entreprises sur 3 ont subi au moins une tentative de fraude cette année, et 1 entreprise sur 5 a subi plus de 5 attaques.

33% des entreprises victimes de fraude ont subi un préjudice supérieur à 10K €, et 14% ont subi un préjudice supérieur à 100K €

Baromètre 2021 Euler Hermes et DFCG

Plusieurs explications à cela : on constate une déficience dans la sensibilisation et l’acculturation des équipes. Très longtemps la fraude a été gérée de manière « silotée » au sein des entreprises par des départements spécifiques.

De son côté, la crise Covid a amplifié la digitalisation et la distance entre les collaborateurs, favorisant la fraude.


Quelles solutions pour lutter contre la criminalité financière ?

1. DECLOISONNER LE TRAITEMENT DE LA FRAUDE

Il s’agit d’un phénomène transverse, qui peut concerner tous les services (et pas seulement le département administratif et financier), et prend des formes multiples :

  • fraude au virement
  • fraude au « Président », etc.

2. STRUCTURER SES DONNEES

C’est-à-dire les catégoriser, les tracer et les conserver.

En cas de contentieux ou de judiciarisation d’une situation de fraude, le bon accès aux données par les enquêteurs se révélera déterminant, pour démontrer une chaîne de responsabilités.

L’intégration de la donnée est également importante : elle permet de gagner du temps car les données financières viennent généralement de sources et formats différents et leur traitement est très chronophage.

3.ANALYSER

Une fois passée cette étape, c’est l’analyse, reposant sur l’enquêteur et son expérience, qui va faire la différence.


« Pour identifier la fraude il faut également associer l’IT et l’humain : l’intelligence artificielle et le machine learning ne peuvent se substituer à l’expertise humaine et la connaissance métier. Sur certains dossiers, nous avons pu identifier de l’abus de droit alors que tout semblait légal après un premier audit.  Nous avons démontré au magistrat que toute cette « usine à gaz » qui avait été construite n’avait aucune vocation économique ni fiscale mais était uniquement destinée à perdre l’enquêteur, à complexifier et retarder le schéma d’enquête et in fine à blanchir les fonds….

Xavier Houillon, Directeur Général Délégué d’OAK Branch


Demain l’IT pourra traiter des effets volumes à faible valeur ajoutée pour identifier des fraudes et escroqueries.

Mais uniquement celles que l’on qualifierait de petit niveau puisque selon Xavier Houillon, le Directeur Général Délégué d’OAK Branch, lorsqu’on passe sur des schémas d’escroquerie industrialisés et organisés, les niveaux de technicité nécessitent d’associer de l’expérience humaine à l’IT.

C’est la synergie des deux qui permet de réduire les temps d’enquête et d’avoir une réelle efficience. Et le temps d’enquête c’est justement l’ennemi. En le réduisant on optimise les chances de succès au profit des victimes et des juridictions ».

L’humain ne peut donc se dissocier de la technologie sur les sujets de criminalité financière et il faut que les acteurs de la place (banques, cabinets d’avocats) harmonisent la transmission des données pour permettre aux enquêteurs de mener leur travail avec une efficience immédiate, ce qui est techniquement possible aujourd’hui.

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